Mode dans le patinage artistique au fil des décennies

Aujourd’hui, la création d’un seul costume de patinage artistique peut exiger plus de 150 heures. Chaque cristal, choix de tissu et point de couture est soigneusement considéré, en vue de rehausser les mouvements, de capter l’attention et de raconter une histoire sur la glace. 

Mais, bien avant les faux brillants et les confections de haute couture, les patineurs concouraient vêtus de chandails de laine, de jupes longueur cheville et même de chapeaux. 

Voici une rétrospective de l’évolution des costumes de patinage, qui sont passés de vêtements pratiques d’hiver à l’art de la performance que nous voyons aujourd’hui. 

Fonctionnalité plutôt que mode 

Lors des débuts du patinage artistique, les vêtements étaient tout d’abord pratiques. Tout au long des années 1800 et au début des années 1900, les compétitions se déroulaient à l’extérieur et, ainsi, les costumes devaient être aussi chauds qu’élégants. 

Patineuse artistique britannique Madge Syers.

Les femmes portaient des jupes longues assorties de gros manteaux, tandis que les hommes patinaient en complets sur mesure et chapeaux. Les lainages épais étaient la norme, de sorte que les tenues de patinage de l’époque ressemblaient bien plus à des vêtements d’hiver de tous les jours qu’aux costumes de compétition modernes. 

Révolution de la longueur de l’ourlet 

Tout a commencé à changer dans les années 1930, grâce à l’étoile norvégienne du patinage, Sonja Henie. 

Sonja a choqué le public en raccourcissant ses jupes au-dessus du genou, une décision controversée à ce moment, mais qui lui a permis d’exécuter des sauts et des pirouettes plus librement. À mesure que sa popularité s’est accrue, les jupes plus courtes sont rapidement devenues la nouvelle norme en patinage artistique féminin. 

Sonja Henie aux Championnats du monde de 1934.

Cette tendance s’est poursuivie dans les années 1940, avec la Canadienne Barbara Ann Scott. Surnommée « l’enfant chérie du Canada », elle dégageait un style élégant, tout autant admiré que son patinage. Ses simples silhouettes et ses ourlets raccourcis ont influencé les patineuses à travers le pays et même inspiré la création de la poupée emblématique Barbara Ann Scott, vendue après sa médaille d’or remportée aux Jeux olympiques de 1948. 

Lumières, caméras, costumes 

Dans les années 1960 et 1970, le patinage artistique a conquis un nouveau public : les téléspectateurs. 

L’arrivée de la télévision en couleurs a transformé le sport et, tout à coup, les costumes devaient se démarquer tant à l’écran qu’à la patinoire. Au même moment, les compétitions dans les patinoires intérieures sont devenues plus courantes, supprimant le besoin de superposer des vêtements épais. 

Le style masculin a évolué, des costumes noirs traditionnels à des couleurs plus vives et des coupes plus ajustées. Les styles féminins ont adopté des silhouettes sobres, des encolures hautes, des manches longues et des couleurs vives inspirées des tendances contemporaines. 

Malgré tout, les costumes n’étaient pas encore au cœur de la performance. La plupart des patineurs se préoccupaient de la sélection de la bonne couleur plutôt que des vêtements de mode spectaculaires sur la glace. 

Peggy Fleming, aux Jeux de 1968 | Photo de John G. Zimmerman.

Un exemple célèbre, la patineuse américaine Peggy Fleming portait une robe vert chartreuse frappante, aux Jeux olympiques d’hiver de 1968, à Grenoble, où elle a remporté la médaille d’or. Cette robe attrayante avait été confectionnée par sa mère, qui s’était inspirée pour la couleur des montagnes de la Chartreuse et de son célèbre monastère, où les moines fabriquaient une liqueur aussi appelée chartreuse. 

Ère des paillettes et du prestige 

Les années 1980 ont été marquées par l’arrivée des paillettes. De nouveaux tissus, tels que l’élasthane et la maille, ont rendu les costumes plus légers, plus flexibles et plus grandioses. Les faux brillants, les plumes et les ornements spectaculaires se sont multipliés sur la glace, les patineurs adoptant des conceptions de plus en plus théâtrales. 

Tracy Wilson et Rob McCall aux Jeux olympiques d’hiver de 1988, à Calgary.

 

Mais, cette mode audacieuse a également soulevé la controverse. 

Aux Jeux olympiques d’hiver de 1988, à Calgary, l’étoile est-allemande Katarina Witt a porté un costume bleu inspiré de Broadway, orné de plumes et présentant une coupe échancrée. Cette tenue a mené l’Union internationale de patinage (ISU) à introduire des règlements plus stricts pour les costumes, officieusement surnommés « règle Katarina », exigeant que les hanches et le ventre des femmes soient couverts. 

Katarina Witt aux Jeux olympiques d’hiver de 1984 (à gauche) et de 1988.

La même année, la patineuse américaine Debi Thomas a fait les manchettes en concourant vêtue d’un justaucorps, ce qui a entraîné l’adoption de nouveaux règlements vestimentaires. Bien que les femmes puissent désormais concourir en pantalon, les hommes sont toujours tenus de porter des pantalons longs. 

Entrée de la haute couture sur la glace 

Dans les années 1990, la mode a été modernisée dans le sport du patinage artistique grâce aux créateurs de mode. 

Aux Jeux olympiques d’hiver d’Albertville, en 1992, le couturier français Christian Lacroix a conçu des costumes éblouissants, incrustés de pierres précieuses pour la patineuse française Surya Bonaly. À peu près à la même époque, la patineuse américaine Nancy Kerrigan a porté, de façon notoire, des créations de Vera Wang aux Jeux olympiques de 1992 et 1994. 

Shae-Lynn Bourne et Victor Kraatz, en 1999, et Cynthia Phaneuf, en 2004.

À mesure que les tendances de la mode ont évolué au cours des années 1990 et au début des années 2000, les costumes de patinage ont fait de même. Le prestige spectaculaire des années 1980 a fait place à des silhouettes plus épurées, du velours froissé et de l’élégant perlage inspirés par le podium de mode et le tapis rouge. 

Costumes racontant une histoire 

Aujourd’hui, les costumes sont plus personnels que jamais. Les créateurs s’inspirent de la musique des athlètes, de leurs antécédents culturels et des histoires qu’ils souhaitent raconter sur la glace. Les costumes sont devenus un élément essentiel de la performance, contribuant à donner vie aux programmes. 

Piper Gilles et Paul Poirier aux Jeux olympiques d’hiver de 2026.

Un exemple récent mémorable est celui de la danse libre Vincent de Piper Gilles et Paul Poirier, en 2025-2026, où la robe de Piper intégrait des éléments du tableau La Nuit étoilée de Vincent Van Gogh, faisant le lien entre la vision artistique de la toile à la glace. 

Conception de tenues d’apparence moderne 

Les patineurs continuent de collaborer avec des maisons de couture de renommée mondiale, soulignant encore plus l’influence croissante de la mode dans le sport. Au cours de la saison 2026, Deanna Stellato-Dudek a porté deux robes sur mesure d’Oscar de la Renta, marquant ainsi les premières créations de costumes de patinage artistique de la maison. Les deux tenues ont été minutieusement brodées à la main et conçues pour le mouvement, alliant le savoir-faire de la haute couture aux exigences techniques du patinage en couple. 

Deanna Stellato-Dudek aux Jeux olympiques d’hiver de 2026.

Des jupes en laine et manteaux pratiques aux créations haute couture recouvertes de cristaux, la mode dans la discipline du patinage artistique a beaucoup évolué. Et, si l’histoire offre un indice quelconque, la prochaine ère du style en patinage sera sans aucun doute tout aussi mémorable. 

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