Promouvoir le sport féminin : l’influence de Carolyn McEwen sur la glace et sur le terrain
Qu’est-ce que le patinage artistique et le rugby ont en commun? Selon Carolyn McEwen, plus que vous ne le penseriez. Officielle technique de Patinage Canada, professeure de kinésiologie à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) et entraîneure de l’équipe féminine canadienne de rugby, Carolyn McEwen a bâti sa carrière grâce à son amour du sport et sa passion d’aider les athlètes à atteindre leurs objectifs, non seulement à titre de compétiteurs, mais aussi en tant que personnes.
Qu’il s’agisse d’entraîner l’équipe canadienne vers la médaille d’argent mondiale ou d’exercer ses fonctions d’officielle à une compétition internationale de patinage artistique, son travail est principalement axé sur son engagement de créer des milieux où les athlètes peuvent participer pleinement et avec confiance.
Un amour à vie du sport
À l’âge de trois ans, dans le cadre du programme Patinage Plus de Patinage Canada, Carolyn a chaussé sa première paire de patins et s’est rapidement sentie à l’aise sur la glace. Elle a progressé dans le circuit de compétition, participant finalement à des compétitions de patinage en couple au niveau national senior avant de prendre sa retraite à 18 ans, pour poursuivre des études postsecondaires à plein temps.
Mais, quitter la compétition ne signifiait pas d’abandonner le patinage.
« Quand on grandit dans ce sport, c’est une communauté à laquelle on appartient et ce sont vos gens », déclare-t-elle.
Presque immédiatement, Carolyn est devenue une officielle, restant ainsi étroitement liée au sport. Simultanément, ses intérêts scolaires se sont approfondis. Curieuse de connaître les aspects scientifiques de la performance, elle a poursuivi des études en éducation physique, en kinésiologie et en psychologie du sport, obtenant finalement un doctorat dans le domaine.
Qu’elle exerce ses fonctions d’officielle, d’entraîneure ou de professeure, son objectif demeure le même : créer des milieux dans lesquels les athlètes peuvent s’épanouir dans le sport et leur vie. Voir le sport sous divers angles l’a aidée dans son propre perfectionnement personnel.
« Je crois que de voir différentes perspectives et façons de penser enrichit énormément ma vie », explique-t-elle.

Carolyn McEwen et son partenaire de patinage Gord Willemse, aux Championnats nationaux canadiens de patinage 2003.
De la glace au terrain
Pendant ses études, Carolyn a brièvement essayé le bobsleigh avant qu’une amie ne lui suggère d’essayer le rugby. Ayant du temps libre et parce qu’elle aimait s’entraîner, elle a accepté.
« J’ai toujours aimé m’entraîner et simplement essayer de m’améliorer dans ce que je fais », explique-t-elle. « C’est aussi ce que j’aimais dans le patinage… il y a toujours quelque chose à affiner. »
Ses années d’entraînement en patinage en couple, où la conscience du corps et la confiance sont essentielles, se sont étonnamment bien appliquées au rugby. En tant que pilier (joueuse de première ligne), elle s’est appuyée sur sa compréhension des mouvements de son corps par rapport à ceux de ses coéquipières, une compétence qu’elle avait développée sur la glace.
Elle est rapidement devenue passionnée du rythme du jeu.
« Dans un match de 80 minutes, il y a tellement d’occasions de se rattraper », partage‑t‑elle. « C’est ce que j’aime du rugby. »
Sa passion l’a menée au niveau national féminin avant qu’elle ne se retire pour enseigner à l’UBC. Peu après, on l’a encouragée à s’essayer comme entraîneure. Ce qui a commencé par une heure d’entraînement par semaine, pour prêter assistance, s’est transformé en 15 à 20 heures, puis en un poste auprès de l’équipe nationale.
La médaille d’argent remportée lors de la Coupe du monde de rugby féminin 2025 a représenté un moment déterminant de sa carrière d’entraîneure. Mais au-delà du podium, c’était une occasion de mettre en valeur le rugby féminin sur la scène internationale.
« Le rugby canadien n’est pas toujours au premier plan dans les médias. Je pense donc que cette réussite a permis en quelque sorte de mettre en évidence le talent de ce groupe, qui a toujours été présent », a-t-elle soutenu. « C’était vraiment superbe de voir des gens s’intéresser au sport pour la première fois. »

Carolyn et l’équipe féminine canadienne de rugby, à la demi-finale de la Coupe du monde 2025. (Getty Images)
Le pouvoir de pleinement s’engager
Dans toutes ses fonctions, Carolyn reconnaît l’influence qu’elle exerce sur la culture du sport féminin.
« Mon but est de créer un environnement qui permet aux athlètes de constater à quel point elles peuvent être puissantes et fortes et vraiment le célébrer », a-t-elle fait remarquer.
Sa philosophie va au-delà de la performance. Elle estime que le sport développe la résilience, la confiance en soi et des compétences de vie qui dépassent de loin la compétition. En tant que femme queer, Carolyn comprend également de première main le pouvoir de la visibilité, dans la création de milieux où les athlètes se sentent soutenues, valorisées et libres d’être elles-mêmes.
Quand elle est sortie du placard, la communauté du patinage a été le dernier endroit où elle l’a fait. À l’époque, l’identité n’était pas un sujet largement discuté dans le patinage artistique de compétition. À présent, elle a été témoin de changements culturels significatifs, concernant l’appartenance et l’authenticité, et elle reconnaît le rôle qu’elle joue dans la poursuite de ce progrès.
« Les officiels occupent des positions de pouvoir », affirme-t-elle. « Et je veux que les athlètes sachent que je tiens à ce qu’elles se montrent comme elles sont lorsqu’elles se trouvent sur la glace. C’est une telle joie de regarder quelqu’un patiner de façon authentique. »
Elle constate également que la représentation est liée aux normes de genre et à l’aspect physique du sport. Elle fait observer que le rugby féminin célèbre la force et la puissance d’une manière qui remet en question les attentes traditionnelles. Elle espère que le patinage artistique continuera à évoluer de façon semblable, acceptant divers types corporels et expressions de l’identité.
Les modifications apportées aux politiques de Patinage Canada, dont la redéfinition des structures des équipes pour donner plus de liberté aux athlètes, représentent des progrès significatifs. Pour Carolyn, ces changements sont importants, non seulement pour les athlètes d’aujourd’hui, mais aussi pour la prochaine génération qui observe et apprend ce qui est possible.
Au-delà des classements sur le podium et des titres, ce qui la motive à continuer dans le sport est la même chose qui l’a incitée à rester sur la glace quand elle était enfant : un amour de la croissance et du développement.
« Le quotidien m’apporte tellement de joie », dit-elle en riant. « Mais, je dois avouer que je suis aussi extrêmement compétitive. »
C’est la croissance qu’elle voit chez ses athlètes et ses étudiants qui la motive à continuer. En se montrant telle qu’elle est, elle espère encourager les autres à faire de même.
« Nous voulons que les gens s’engagent dans le sport, l’aiment et puissent s’y exprimer. »
