« Vous n’êtes pas seul » : le parcours de Paul Ayer, de l’intimidation à l’appartenance

Cet article traite d’intimidation, de santé mentale et de suicide. Pour lecteur averti. 

Paul Ayer sait que le succès sur la glace ne raconte pas toujours toute l’histoire. Derrière sa carrière de patineur se cache un parcours durant lequel il a surmonté l’intimidation, la stigmatisation, des troubles de santé mentale et des idées de suicide, tout en trouvant un sentiment d’appartenance en cours de route. En ce Mois de la prévention du suicide, Paul fait part de son histoire pour rappeler aux autres qu’il est tout à fait normal de ne pas aller bien et que demander de l’aide n’est jamais un signe de faiblesse. 

Le poids des mots   

Après avoir découvert le patinage artistique à l’âge de neuf ans, Paul est rapidement tombé amoureux du sport. Il a relevé le défi de la compétition et vite commencé à connaître du succès sur la glace. À mesure que ses exploits en patinage ont été reconnus, ses camarades de classe se sont mis à se moquer de lui, du fait qu’il était un patineur artistique, lui lançant des insultes homophobes, entre autres. 

Pour Paul, la stigmatisation entourant les hommes et les garçons en patinage artistique faisait de lui une cible à intimider – une expérience qu’il dit malheureusement familière à de nombreux patineurs qu’il connaît. Le harcèlement s’est rapidement intensifié, devenant une réalité quotidienne de maltraitance verbale et physique, d’intimidation et finalement de menaces de mort. 

En rétrospective, il affirme que l’une des plus grandes idées fausses à propos de l’intimidation, c’est que les commentaires individuels sont inoffensifs. « Un seul commentaire, ce n’est pas vraiment un problème. Mais, pour la personne qui les entend chaque jour, cette fois-là s’ajoute à ce qui s’accumule. » 

Le harcèlement constant a eu un impact dévastateur sur sa santé mentale. L’école est devenue une source d’anxiété et Paul, de plus en plus isolé. Malgré les efforts de ses parents pour impliquer l’école et même la police, l’intimidation a continué. En sixième année, à l’âge de 12 ou 13 ans, il a commencé à avoir des pensées suicidaires. 

Lors d’un de ses moments les plus sombres, lorsque la lumière n’était plus visible au bout du tunnel, les pensées de Paul se sont tournées vers son frère cadet, Alex, et toutes les raisons qu’il avait de vivre. C’est devenu un tournant dans sa vie, qui lui a montré la voie à suivre. Il s’est finalement ouvert à ses parents au sujet de la gravité de ce qu’il vivait et ils l’ont immédiatement mis en contact avec un professionnel. 

Briser la stigmatisation 

Paul a pris des années à se rétablir, mais obtenir de l’aide lui a appris une leçon importante sur la façon de remettre en question la stigmatisation entourant la santé mentale. 

« Il semble y avoir une certaine stigmatisation selon laquelle il y a quelque chose qui ne va pas avec vous si vous demandez de l’aide », a-t-il dit. « Je pense que c’est complètement faux. La raison pour laquelle j’étais comme ça, ce n’est pas parce qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas avec moi », a-t-il expliqué. 

La thérapie a donné à Paul l’espace voulu pour comprendre ce qui s’était passé et reconnaître que la cruauté qu’il a subie ne reflétait pas sa propre valeur. 

Son expérience a aussi influencé sa façon de percevoir la santé mentale dans le sport de haute performance. Il a expliqué que les athlètes peuvent ressentir la pression de surmonter l’adversité, de rester calmes et d’éviter de montrer leur vulnérabilité. Pour Paul, apprendre à demander un soutien est devenu une partie importante de sa carrière de patineur artistique et un facteur déterminant de son succès sur la glace. 

Le pouvoir du partage 

Un autre jalon dans son parcours de guérison est survenu lorsqu’il a changé d’école pour aller à la National Sport School de Calgary. Entouré d’athlètes de divers sports, il a trouvé quelque chose qui lui manquait depuis des années : un sentiment d’appartenance. 

À l’école, Paul a créé des liens avec d’autres athlètes masculins qui avaient eux-mêmes vécu de l’intimidation. Pour la première fois depuis des années, il s’est senti accepté pour lui-même. Ce sentiment de communauté a aidé Paul à se sentir plus à l’aise d’être vulnérable et a ouvert la porte au partage de ses propres expériences. 

« C’était un espace sécuritaire », a-t-il soutenu. 

En 10e année, Paul a partagé son histoire publiquement pour la première fois, lors d’une présentation sur la lutte contre l’intimidation à l’école. Par la suite, un camarade s’est approché de lui pour lui dire qu’entendre son discours avait changé le cours de sa vie. La conversation a marqué Paul, révélant l’impact profond que le partage de quelque chose de profondément personnel peut avoir sur une autre personne. 

Ce moment l’a inspiré à continuer de parler publiquement de la santé mentale, de la lutte contre l’intimidation et de la prévention du suicide. Aujourd’hui, il encourage les athlètes, les entraîneurs et ses coéquipiers à créer des environnements où les gens se sentent en sécurité pour demander de l’aide. 

Un message d’espoir 

En repensant à son parcours, Paul sait qu’on ne se rétablit pas du jour au lendemain. Mais, il sait aussi combien de choses peuvent changer quand quelqu’un trouve du soutien, une communauté et la liberté d’être soi-même. 

Aujourd’hui, Paul utilise sa voix pour nous rappeler que demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse et que d’autres ont vécu des difficultés similaires. Son message est simple : vous n’êtes pas seul. 

Il y a de l’aide. Il y a de l’espoir. Et, il y a de la lumière. 

Vous êtes cette lumière. 

Si vous ou quelqu’un que vous connaissez éprouvez des difficultés, composez le 988 ou envoyez un message texte à ce numéro, au Canada, pour joindre la Ligne d’aide en cas de crise de suicide, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.  

Pour joindre Jeunesse, J’écoute, envoyez le message texte CONNECT au 686868 ou appelez le 1-800-668-6868, jour et nuit. 

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