RED DEER, Alberta – Son programme terminé, Jeff Leung demeure assis, dans ce lieu réservé aux étreintes et aux larmes, un large sourire illuminant son visage.

Il restera là pendant un moment, sans trop bouger.

Quelques instants plus tôt, Jeff Leung, un athlète des Olympiques spéciaux de l’équipe britanno-colombienne, a quitté la glace sous une pluie d’applaudissements, les bras tendus vers le ciel en signe de triomphe.

C’est maintenant au tour de Jeff d’applaudir. Alors que l’Ontarien Michael Raytchev effectue son programme, Jeff reste à son siège, levant les mains au-dessus de sa tête pour applaudir à chaque fois que son ami complète un élément. Et lorsque Eric Pahima, le dernier patineur de l’équipe de la Colombie-Britannique, termine son programme, Jeff et Michael l’attendent les bras grand ouverts.

La musique s’arrête et la foule se dirige vers les sorties du Centre des Jeux du Canada Gary W. Harris, pendant que la zamboni commence à refaire la glace. La journée de compétition est terminée.

Les trois amis demeurent sous le coup de l’émotion, profitant d’un moment qui n’appartient qu’à eux seuls, un rêve réalisé, leur record personnel dépassé.

Personne ne parle de médaille. Ce moment, leur moment, signifie bien plus.

« Ce sont les amis que je me fais qui ont le plus de valeur, a dit Eric, entouré de Jeff et de Michael. Aussi de me tenir au centre de la glace, bien droit, et de voir tous ces gens qui m’encouragent. »

« Pour moi, le patin est synonyme de liberté. Quand je suis sur la glace, je me sens invincible, intouchable. »

Plus de 4 000 kilomètres et trois fuseaux horaires séparent Michael et les deux patineurs de la Colombie-Britannique. Il y a trois jours, ils ne se connaissaient pas du tout. On jurerait pourtant le contraire.

Maintenant, ils sont inséparables.

« J’aime m’amuser et divertir la foule, a dit Jeff en souriant. Et j’adore encourager mes amis. »

Tel est l’esprit des athlètes des Olympiques spéciaux participant aux épreuves de patinage artistique organisées dans le cadre de ces Jeux d’hiver du Canada. Avec leur énergie contagieuse et leur esprit sportif flagrant, ces beaux et merveilleux athlètes « O spéciaux », participant à quatre épreuves masculines et féminines, semblent voler la vedette – et plus que quelques coeurs – au Centre des Jeux du Canada Gary W. Harris.

Avant la performance de Michael, toute l’équipe ontarienne de patinage artistique s’était rassemblée dans les estrades et l’encourageait d’une seule et même voix. Puis, à la fin du programme de Michael, l’équipe entière s’est levée et a scandé le ontarien au son du tambour et d’applaudissements festifs. Michael a ri et a fait signe de la main à ses coéquipiers.

« C’est incroyable de voir mon équipe faire ça et d’être ici avec mes amis, a dit Michael, le sourire fendu jusqu’aux oreilles. Je sens que mon équipe est derrière moi. Ça n’a pas d’importance si je fais une erreur, ils m’encourageront jusqu’à la fin. »

« Voir que toute l’équipe de l’Ontario est revenue pour regarder la compétition nous permet de réaliser l’effet que ces athlètes ont sur les autres, a mentionné Cathy Skinner, entraineure de l’équipe ontarienne participant aux Olympiques spéciaux. Ce sont les tout premiers Jeux de Michael et il était très nerveux. Il n’avait jamais patiné devant une foule. Ils l’ont adoré. Ils les ont tous adorés. »

« On les voyait se tenir le long de la bande. Tout excités, s’encourageant les uns les autres et se serrant la main. On ne voit pas ça très souvent dans le monde du sport. »

« Je ne crois pas qu’il y ait de mots pour décrire ce que ces athlètes font pour nous, c’est trop difficile à expliquer, a ajouté Jessica Chapelski, entraineure de patinage artistique pour l’équipe britanno-colombienne participant aux Olympiques spéciaux. Ça nous ramène à l’essence même du sport : avoir du plaisir, essayer de se dépasser et accomplir des choses qu’on ne croyait pas être capable de faire. »

Les câlins, les sourires et les « Donne-moi un cinq » sont obligatoires ici. Les athlètes veulent gagner, mais c’est presque secondaire. Les amitiés et la chance de saluer la foule à partir du centre de la glace sont plus importantes.

« C’est cool et bizarre en même temps, a dit Melanie Taylor, athlète des Olympiques spéciaux et membre de l’équipe de Terre-Neuve-Labrador. On participe à des compétitions et on représente  même notre province, mais ça veut aussi dire qu’il faut compétitionner contre les autres. J’aime encourager les autres patineurs. »

« Lorsque je suis sur la glace, je me sens populaire. »
Taylor a gagné l’or à l’épreuve en simple niveau II, remportant la première médaille des Jeux pour Terre-Neuve-Labrador.

« Ils ont une si grande passion pour notre sport, a mentionné Neil Thorne, entraineur de l’équipe de Terre-Neuve-Labrador. Ils forment des amitiés durables ici et c’est probablement la chose la plus importante. Ils sont d’excellents modèles pour tous les athlètes. »

Barb Prystai, entraineure de l’équipe de l’Alberta, en est à ses cinquièmes Jeux d’hiver du Canada. Son coeur est rempli de fierté et, tout comme Cathy Skinner et Jessica Chapelski, ses yeux se remplissent de larmes pendant qu’elle parle de ces athlètes.

« C’est la simple joie du sport. Ils célèbrent la vie, a dit Barb Prystai. Ne vous méprenez pas, ils veulent gagner sans aucun doute, mais s’ils ne gagnent pas, demain est un autre jour. Leur vraie victoire est d’être ici, d’être inclus. Ils veulent faire partie de l’équipe. C’est ça, la victoire. »

Et aucune médaille ne peut briller plus que ça.