Croyez-le ou non… John Knebli n’a jamais mis pied sur la glace chaussé d’une paire de patins, mais il a contribué plus au patinage que beaucoup de ses champions.

Né en Hongrie (Roumanie) en 1904 et éduqué dans ce pays, il est devenu un maître artisan de la fabrication de chaussures orthopédiques, se spécialisant dans les propriétés et le tannage du cuir, l’anatomie du pied et du corps, l’étude de la kinesthésie, la marche, le développement du squelette et la musculature.

Lorsqu’il a émigré à Toronto en 1930, il possédait déjà tous ces talents, malgré que durant bon nombre de ces premières années, il lui était difficile de joindre les deux bouts. Il a fait tous genres de boulots… du travail à la ferme à la livraison de lait… et enfin il a économisé assez d’argent pour rêver d’ouvrir son propre magasin. En 1944, en partenariat avec son épouse bien-aimée, Elizabeth, John a réalisé son rêve lorsqu’il a ouvert son magasin de chaussures, se spécialisant dans les chaussures pour les enfants et le soccer ainsi que les chaussures de patins de hockey et de patins à roulettes.

Sa carrière est parvenue à un tournant décisif en 1948, quand un entraîneur de patinage l’a convaincu de fabriquer des chaussures de patins pour un élève qui avait des problèmes de pieds, un défi qu’il a tout d’abord refusé parce qu’il ne comprenait pas les besoins d’un patineur ou comment fabriquer une chaussure pour traiter de ces problèmes.

Gerry Blair, un entraîneur qui connaissait du succès dans la région de Toronto, a emmené un de ses élèves au magasin. C’était un jeune Paul Tatton (voir le blogue…), un patineur talentueux et prometteur qui, comme la plupart des patineurs, avait des problèmes de pieds qui faisaient en sorte que le port de patins ordinaires était catastrophique. Les pieds du jeune Paul avaient besoin d’une attention particulière, de chaussures solides et flexibles, faites sur mesure pour s’adapter à lui et à ses problèmes de pieds.

Gerry était convaincant… et John… qui aimait toujours la recherche, la créativité et les occasions d’affaires… a enfin accepté le défi après avoir reçu une paire de chaussures de patins qu’il pouvait démonter afin d’en étudier la confection. Il paraît qu’après avoir minutieusement démonté les chaussures, il aurait dit « Je peux faire mieux que ça! » et aurait rapidement commencé l’étude scientifique de la conception et de la fabrication d’équipement de patinage de qualité.

Au fil des ans, John, ou M. Knebli ou Papa K, comme on l’appelait affectueusement, a établi une philosophie à propos de son œuvre magistrale.

La chaussure de patin devait s’adapter :

  • au pied;
  • à la personne qui la portait;
  • à la lame qui y était attachée;
  • à son utilisation.

À cette fin, il était méticuleux dans ses mesures du pied : la largeur de la plante du pied, la largeur à la cheville, la longueur de la cambrure, la hauteur de la cambrure et la longueur du gros orteil étaient d’importants éléments de l’équation.

Mais ces éléments n’étaient pas les seuls dont il tenait compte dans sa formule.

Il a étudié de façon approfondie le patinage et les patineurs.

En assistant continuellement à des séances de patinage partout dans la ville, souvent accompagné de sa fillette Elizabeth, il traitait ces visites comme s’il s’agissait de ses propres laboratoires scientifiques. Assis près de la bande pendant des heures, observant et étudiant la dynamique du sport et comment le corps doit bouger, il s’est rendu compte que le patinage est tout à fait différent de la marche et le point d’équilibre se trouve à l’arrière de la cambrure, au début du talon. Pour le patinage, il a observé que l’équilibre se trouve plus vers l’avant à l’extrémité de la plante du pied, le corps étant incliné pour faciliter la poussée.

M. K s’est aussi aperçu que la hauteur du talon, qui changeait le point d’équilibre, est unique à chaque patineur, une découverte qui l’a mené à d’autres calculs pour la fabrication de la chaussure compte tenu de la distribution du poids et de la masse corporelle de l’athlète, mais aussi de la position de son corps.

Concepteur, innovateur et véritable partisan du patinage artistique, M. K faisait constamment de la recherche afin d’améliorer les chaussures de patins.

Sa conception de chaussures basses a été révolutionnaire.

Jusqu’à ce moment, la croyance largement répandue était qu’afin de donner un soutien maximal à la cheville, la chaussure devait être haute. M. K n’était pas du tout de cet avis. Au début, sa motivation pour fabriquer une chaussure plus courte était simplement de nature esthétique, croyant qu’une chaussure basse allongerait la jambe, ce qui serait plus joli sur la glace. Pour créer la force supplémentaire exigée pour la nouvelle chaussure, il a combiné la conception basse avec du cuir plus fort et enfin, vers 1954-1956, a fabriqué sa première paire de chaussures basses pour la future championne de patinage en couple canadienne, du monde et olympique, Barbara Wagner.

Sa fabrication de cuir spécialisé à l’épreuve du froid et de l’humidité et pour renforcer la chaussure est devenue une partie importante de son succès. Avec ses connaissances antérieures du cuir et de ses propriétés, il a travaillé avec les tanneurs de Braemore Leathers, à Cambridge, en Ontario, pour créer la qualité de cuir qu’il cherchait pour les dessus et pour concevoir une semelle de cuir chromée pour la base de la chaussure, afin de faire face aux températures glaciales.

L’interminable attention aux détails de M. K, en ce qui concerne la qualité de ses chaussures, l’a également mené à d’autres innovations, y compris la conception de machines spécialisées pour remplir les commandes personnalisées qu’il recevait de partout au monde.

Conjointement avec l’entraîneure Ellen Burka, il a inventé une lame de style libre pour sa fille, la future championne du monde Petra Burka, qui finalement est devenu connue sous le nom de Wilson’s Pattern 99, LA lame de style libre pour les champions.

Tout au long de sa carrière exceptionnelle, John a créé des chaussures de patins pour de nombreux autres champions canadiens et du monde ainsi que des médaillés olympiques. Au nombre de ses plus célèbres clients se trouvaient Brian Orser, Barbara Underhill, Paul Martini, Toller Cranston et Peggy Fleming.

Comme énoncé dans sa mise en candidature pour le Temple de la renommée de Patinage Canada, « Le dévouement de John à son métier l’a amené à façonner le sport du patinage artistique, un patin à la fois. »

M. K est décédé à Toronto en 1997, à l’âge de 92 ans.

Patinage Canada intronisera officiellement John Knebli dans la catégorie des bâtisseurs du Temple de la renommée de Patinage Canada durant le Congrès annuel et assemblée générale 2015, à Winnipeg.

(Merci à la fille de M. K, Elizabeth, d’avoir partagé beaucoup de détails de la carrière de cet homme remarquable.)