Voici ce que font les bons chorégraphes : ils allient la musique avec le mouvement, la forme et l’art. Ils groupent tous les éléments de patinage en un point de vue. Ils font lever les foules de leurs sièges. Ils gardent les foules clouées à leurs sièges, hypnotisées, alors qu’on peut entendre voler une mouche.

Voici ce que font les bons chorégraphes : ils allient la musique avec le mouvement, la forme et l’art. Ils groupent tous les éléments de patinage en un point de vue. Ils font lever les foules de leurs sièges. Ils gardent les foules clouées à leurs sièges, hypnotisées, alors qu’on peut entendre voler une mouche.

Le Canada compte beaucoup de chorégraphes qui peuvent faire toutes ces choses, mais le dernier à se joindre à ce groupe, aux côtés des grands, est Jeffrey Buttle, champion du monde de 2008 et médaillé de bronze des Jeux olympiques 2006, toujours reconnu pour son sens artistique et sa sensibilité à la musique.

Il prend de l’importance.

« Je crois que Jeff est l’un des grands talents de la chorégraphie », signale Sandra Bezic, qui compte elle-même au nombre de ces grands talents.

« Son travail est riche, original et polyvalent », ajoute Sandra, reconnue pour de mémorables programmes exécutés par Barbara Underhill et Paul Martini, Kristi Yamaguchi, Kurt Browning, Josée Chouinard, Tara Lipinski et Lu Chen.

Son travail, affirme Sandra, incite toujours les patineurs à faire mieux. « Il a déjà eu un énorme impact et a relevé la barre de la chorégraphie », soutient-elle. « Son travail est inédit, contemporain et excitant. Je l’admire beaucoup. »

Sandra a souligné qu’il avait fait un peu de travail pour son émission de télévision Battle of the Blades et qu’elle aurait souhaité qu’il soit disponible pour en faire plus. Elle a demandé sa présence chaque saison.

La saison dernière, la championne américaine Ashley Wagner a eu un aperçu de la mystique de Jeff Buttle durant la tournée de Stars on Ice, lorsque Jeff est devenu chorégraphe en chef pour la première fois. (Il avait été adjoint les deux années précédentes.)

Jeff a créé tous les programmes de groupe la saison dernière, comme il l’a fait cette année, et Ashley Wagner a dû travailler dur pour maîtriser tous les pas et la chorégraphie. « Je crois vraiment que ceci m’aide en tant que patineuse, parce que Jeff n’est manifestement pas un chorégraphe facile ou simple », a-t-elle fait observer. « C’est difficile et stimulant. »

Au début, Jeff n’aspirait pas à devenir chorégraphe. Il étudiait le génie chimique à l’Université de Toronto. Mais, lorsqu’il a commencé à travailler avec le chorégraphe David Wilson, en 1999, il a constaté que la passion de David pour son art était contagieuse. « J’ai décidé de m’y adonner », a précisé Jeff.

Même lorsqu’il patinait en compétition, Jeff chorégraphiait déjà des programmes pour d’autres patineurs. Il a conçu des programmes pour deux jeunes filles qui habitaient avec sa famille en tant que pensionnaires, à Barrie, Ont. Et, il a travaillé au programme long d’une jeune patineuse coréenne, Yuna Kim, l’année qu’elle a remporté le titre du monde junior.

« Ce fut difficile au début avec la barrière linguistique », a déclaré Jeff. « Mais, heureusement avec la chorégraphie, il y a beaucoup de démonstration. Le langage est parfois inutile. »

Dans le temps de le dire, Jeff chorégraphiait des programmes courts pour deux des meilleurs patineurs du sport, Yuzuru Hanyu et Patrick Chan. Il s’agissait de patineurs complètement différents, donc Jeff a pris des directions tout à fait différentes pour eux. Les deux patineurs ont échangé des notes record aux Championnats du monde pour les programmes de Jeff toute l’année. Ce succès a vraiment solidifié sa place.

Pour Yuzuru Hanyu, Jeff a choisi Parisian Walkway, parce qu’il a cru que c’était Yuzuru en un mot. Yuzuru s’abandonnait dans son patinage, a dit Jeff. Mais, il était timide. « C’était incroyable de le voir se détendre un peu et de s’amuser, surtout dans des conditions si stressantes », a ajouté Jeff. « C’était l’un de ces programmes pour lesquels s’il ne s’engageait pas, les choses auraient pu mal tourner. Mais, il s’y est vraiment engagé. »

Patrick Chan est arrivé après que sa mère demande à Jeff de chorégraphier un programme d’exhibition pour lui sur une musique de Chopin. Mais, Jeff croyait que Patrick avait besoin de quelque chose de plus dynamique, correspondant à la puissance de son style. Jeff a suggéré un morceau de Rachmaninoff sur lequel il aurait toujours voulu patiner, semblable à une musique de Rachmaninoff qu’il avait aussi utilisé dans un programme court, durant la saison 2004-2005. Patrick l’a tellement aimé, qu’il a demandé à Jeff d’en faire son programme court pour l’année suivante.

« Parfois, ce n’est pas le processus le plus idéal », a avoué Jeff. « Lorsqu’il faut supprimer des éléments, le programme s’en trouve en quelque sorte diminué, mais pour une fois tout s’harmonisait vraiment bien. »

Dès le début, Jeff a eu un impact. « Je ne me suis pas rendu compte comment vite je pourrais accomplir autant que je l’ai fait », a-t-il dit. Maintenant, travaillant avec Stars on Ice, il doit assurer le suivi d’au moins 12 patineurs, non seulement un.

Jeff a fait face à des contraintes d’ordre physique durant cette tournée. Il a chorégraphié des programmes de groupe pour les patineurs au Japon, au Canada et aux États-Unis. Après la tournée au Japon, il a pris l’avion pour retourner à Halifax avec cinq des douze patineurs de la tournée au Japon, arrivant à minuit et commençant les répétitions le lendemain matin. « C’était comme si j’avais frappé le mur vers quatre heures de l’après-midi », a signalé Jeff. Heureusement, Scott Moir, qui avait fait la tournée au Japon, a aidé à enseigner les pas.

La saison dernière, Jeff était très occupé, créant de 10 à 12 programmes pour des patineurs admissibles. Cette année, il aimerait réduire le nombre pour se concentrer davantage sur les retouches. Il est un perfectionniste, après tout. Avant la fin de la tournée de Stars On Ice, Jeff cherchait déjà de la musique.

Pour l’instant, Jeff cherche à trouver l’équilibre dans sa vie. Il ne veut pas travailler tout le temps. Il veut avoir le temps de respirer et de passer du temps avec son nouveau mari, Justin Harris, qu’il a épousé en février. Jeff s’est aussi joint à une ligue de hockey récréatif à Toronto, bien qu’il n’ait aucune expérience antérieure au hockey. Contrairement à Kurt Browning, il n’avait jamais même porté des patins de hockey. « J’aime la mentalité d’équipe, parce que je n’ai jamais connu cela auparavant », a-t-il affirmé.

Et, l’un de ces jours, Scott Moir aimerait que Jeff chorégraphie aussi un programme pour lui et Tessa Virtue. « J’admire le patinage de Jeff depuis de nombreuses années », a déclaré Scott. « L’une de nos performances favorites était probablement la victoire de Jeff [aux Championnats du monde] en 2008. Je crois qu’il a vraiment exploré de différentes et nouvelles facettes avec sa chorégraphie.

« Il est tellement créatif. Nous l’avons toujours su. Mais, il s’efforce toujours de faire de nouvelles choses. Et il essaie de faire réfléchir les gens, ce qui est vraiment nécessaire au patinage. »

La vie est belle pour Jeff ces jours-ci. Il est clairement en demande.

Beverley Smith