Athlètes Transgenres et Patinage Synchronisé : Une Conversation

Patinage Canada a fait et continue à faire un travail substantiel relativement à l’inclusion des personnes LGBTQI2S, mais nous savons qu’il reste des travaux cruciaux à accomplir en matière d’inclusion. La série d’histoires de fierté et de profils de la communauté de Patinage Canada offre une occasion de mettre en valeur et de célébrer la communauté LGBTQI2S+ pendant toute l’année.

Dans le but d’appuyer un environnement inclusif, en ce mois de la Fierté, nous partageons des histoires personnelles de membres de notre communauté de patinage. Ci-dessous se trouve une conversation dirigée par Tina Chen, membre du groupe de travail sur l’équité, la diversité et l’inclusion de Patinage Canada, avec Shannon Herrick, Meredith Rocchi et Lauren Couture.

Ce mois-ci, j’ai eu l’occasion de discuter avec Shannon Herrick, Meredith Rocchi et Lauren Couture à propos de leur article récemment publié, sur les expériences de l’athlète transgenre, dans le patinage synchronisé au Canada . Comme elles l’ont fait remarquer, pour de nombreux athlètes transgenres, la transition peut être compliquée dans un contexte sportif. L’appui est important pour permettre à chaque athlète de se sentir à l’aise et de faire de son mieux. Le soutien que ressentent les athlètes transgenres dépend dans une large mesure des politiques axées sur le sport (comme la politique d’inclusion des personnes trans de Patinage Canada), des règlements fondés sur le genre dans les catégories de compétition et la composition des équipes, ainsi que de leurs interactions interpersonnelles.

Q : Qu’est-ce qui vous a incitées à faire cette recherche?
SH : Je termine actuellement un doctorat en kinésiologie à l’Université McGill. Mes recherches portent sur les expériences des personnes LGBTQ+, dans une vaste gamme d’activités physiques, y compris les sports. Mon travail est inspiré par mon propre engagement militant, ainsi que par mes expériences personnelles dans le sport (en particulier, la nage synchronisée). En raison de mes liens avec les communautés LGBTQ+, Meredith m’a demandé de diriger ce projet.

MR : En tant qu’entraîneure de patinage synchronisé et chercheuse en psychologie du sport et en entraînement, j’ai remarqué une lacune dans les ressources, les recommandations et les pratiques exemplaires pour les entraîneurs qui travaillent avec des athlètes LGBTQ+. J’ai rencontré Shannon pendant mes études postdoctorales à McGill et elle tenait à diriger ce projet.

LC : J’étais heureuse de trouver un point d’intersection entre mon expérience en patinage synchronisé (ancienne athlète et entraîneure, actuellement chorégraphe et officielle) et mon travail en sociologue du sport. J’ai été reconnaissante que Shannon et Meredith me demandent de me joindre au projet, pour les volets d’analyse et de rédaction.

Q : Pourquoi est-il important d’avoir des recherches axées sur l’expérience des athlètes transgenres?
SH : Il est important de comprendre la diversité dans l’ensemble des communautés LGBTQ+. Dans le sport, les communautés trans font face à des obstacles importants à leur participation. Le nombre limité d’études portant sur les expériences des athlètes trans met généralement en évidence les expériences négatives, qui sont malheureusement les plus courantes. Bien qu’il soit impératif de comprendre comment le sport peut limiter les moyens de subsistance des personnes trans, il est également important de comprendre comment le sport peut être affirmatif et solidaire. Cette étude visait les expériences plus positives de l’athlète trans dans le contexte unique du patinage synchronisé. Par conséquent, le thème de la célébration des expériences de personnes trans pourrait s’ajouter à notre compréhension plus large des expériences trans dans le sport.

MR : Le système canadien du sport de patinage synchronisé, plus précisément, a mis en place des mesures de soutien pour aider les athlètes à réussir leur transition. Néanmoins, il est important d’apprendre et de faire des recommandations du point de vue de l’inclusion des personnes trans.

LC : Cette recherche encourage également la réflexion sur la normativité genrée dans les pratiques quotidiennes du patinage et du sport

Q : Parlons du patinage synchronisé et des possibilités et obstacles dans cette discipline pour les athlètes transgenres.
LC : Le patinage synchronisé a des attentes très strictes et rigoureuses en matière d’uniformité et de mouvements solidaires. La façon dont l’unisson a traditionnellement été compris dans le patinage synchronisé crée des obstacles à la réflexion sur l’identité de manière plus complexe.

SH : Je suis d’accord! Le patinage synchronisé et la nage synchronisée mettent trop l’accent sur l’uniformité, d’une manière qui est contraignante. En nage synchronisée, les juges sont formés pour trouver ce qui « ressort ». Il est important de noter qu’unisson n’équivaut pas uniformité. Avoir une compréhension plus large des liens entre les mouvements et l’expression favoriserait le développement des sports artistiques, tels que le patinage synchronisé et la nage synchronisée.

LC : Même avec ces limites, le patinage synchronisé est unique en patinage artistique. Contrairement patinage en simple, où la catégorie de compétition est basée sur des catégories binaires masculines et féminines fondées sur le sexe, ou le patinage en couple et la danse de compétition, qui renforcent l’hétéronormativité par la stipulation d’un partenaire masculin et d’une partenaire féminine, les équipes de patinage synchronisé n’ont pas d’exigences en matière de sexe ou de genre.

MR : Étant donné qu’il n’y a pas de nombre précis de patineurs masculins ou féminins et que les noms figurant sur une liste d’équipe peuvent changer au cours d’une saison, un membre de l’équipe peut faire la transition sans affecter sa propre admissibilité ou celle de son équipe à participer à des compétitions, ce qui est extrêmement unique dans le sport. Patinage Canada dispose également d’un processus simple qui soutient le changement de l’identité de genre et aide à réduire certains des obstacles liés à la transition.

Q : La formation d’équipe et l’établissement de liens sont importants dans le patinage synchronisé. Qu’avez-vous appris sur la création d’environnements d’équipe inclusifs de l’athlète transgenre dans cette discipline?
MR :En tant que discipline, le patinage synchronisé s’adapte de manière homogène aux athlètes transgenres de sexe féminin à masculin ou masculin à féminin, conformes à la binarité de genre masculin / féminin. Dans le cas de l’athlète faisant l’objet de cette étude, l’athlète a changé d’équipe pendant sa transition, passant facilement à l’identité choisie. Par conséquent, dans la nouvelle équipe, seul l’entraîneur et les coéquipiers à qui l’athlète a divulgué son identité savaient que l’athlète était transgenre. Les expériences et le sentiment d’inclusion d’une personne de genre non binaire, dans le patinage synchronisé, seraient probablement très différents, car ce sport ne soutient pas traditionnellement les patineurs non binaires.

LC : Un langage de genre neutre chez les entraîneurs et une formation à cet égard sont très importants pour créer un environnement d’équipe inclusif. Il s’agit de penser à l’impact plutôt qu’à l’intention. Dire « tout le monde » en s’adressant à l’équipe, plutôt que « mesdames » ou « messieurs », fait une grande différence. L’athlète avec qui nous avons travaillé a mentionné l’engagement de l’entraîneur à changer son langage, à suivre une formation et à bien vouloir répondre aux besoins de l’athlète (y compris à la fatigue liée à ses traitements hormonaux). Toutes les équipes de patinage synchronisé ont leurs propres traditions et façons de faire les choses, qui se sont développées au fil du temps. Il est important, pour l’inclusivité, d’examiner régulièrement des éléments tels que les politiques sur l’assiduité, le processus de conception des costumes, les vestiaires et les attentes relativement aux activités d’équipe. Les entraîneurs et les gérants d’équipe devraient se demander si les politiques peuvent accommoder les athlètes transgenres de manière à leur aider à s’assumer, plutôt que de créer potentiellement des tensions dans l’équipe.

SH : Dans cette recherche et dans mes autres travaux , on ne saurait sous-estimer le rôle important des vestiaires dans les expériences des personnes LGBTQ+, dans les contextes de l’activité physique. L’athlète dans cette étude a parlé de la camaraderie dans le vestiaire et de la façon dont l’athlète ne voudrait pas utiliser un vestiaire séparé et rater ces interactions d’équipe. Les équipes de patinage synchronisé partagent généralement un vestiaire et il n’est pas rare que les membres de l’équipe se changent en privé dans les salles de bain. Bien que les vestiaires des équipes de patinage synchronisé puissent être effectivement de genre neutre, les vestiaires ou les salles d’équipe devraient être réévalués en ce qui concerne le nombre de coins privés. Par exemple, si les toilettes sont les seuls endroits où se changer en privé, les patineurs doivent s’inquiéter des costumes ou des objets de valeur qui tombent dans les toilettes pendant qu’ils se changent dans des espaces confinés. Il est nécessaire d’avoir des endroits où se changer individuellement, afin que tout patineur, quelle que soit la raison, puisse le faire en privé. Néanmoins, les pratiques existantes de vestiaire d’équipe ont permis à l’athlète trans de cette étude de ne pas avoir à prendre de décisions difficiles, qui pourraient potentiellement mener à l’absence d’interactions avec l’équipe. Il est important de noter que d’autres athlètes trans pourraient se sentir plus à l’aise avec différentes dispositions de vestiaire d’équipe. Avoir des discussions ouvertes avec les membres de l’équipe, collectivement et individuellement, au sujet des espaces de vestiaire disponibles est essentiel pour l’inclusion.

Q : Quelles sont les prochaines étapes pour l’inclusion des personnes transgenres dans le sport?
MR : L’éducation et le dialogue – en particulier en ce qui concerne le choix de musique, l’interprétation et les costumes.

LC : La façon dont l’esthétique, la chorégraphie et les costumes peuvent être pris en considération différemment pour une plus grande inclusion.

SH : Plus d’études pour mieux comprendre le caractère unique des différents contextes sportifs et des expériences individuelles, à la fois positives et négatives. De plus, l’analyse des systèmes de notation dans les sports jugés, comme la nage synchronisée et le patinage synchronisé, afin de déterminer s’il existe des préjugés hétéronormatifs liés au genre.

Patinage Canada remercie Shannon, Meredith et Lauren d’avoir partagé leur histoire et sensibilisé la communauté du patinage. Si vous êtes membre de la communauté de patinage LGBTQI2S+ et que vous souhaitez partager votre histoire personnelle, veuillez nous envoyer un courriel à [email protected].

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Voir Shannon S.C. Herrick et Lindsay R. Duncan. « Locker-Room Experiences Among LGBTQ+ Adults », Journal of Sport and Exercise Psychology, 2020, numéro 42, p. 227-239.

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